On connaît plutôt les régions touristiques où des curiosités donnent envie de s'arrêter... mais de ces villages tout gris, on ne garde aucun souvenir. On ne prête aucune attention à tous ces gens qui vivent comme des ombres dans des maisons en ruines. Je les connais, ces gens de cette triste France, de cette vie sans projet où chaque jour n'est que du temps qui passe... dans cette misère, que tu payes, mon frère, à prix d'or, pour un malheur insensé.
Les ghettos ne sont pas que dans les banlieues.
Les zones rurales recèlent une misère cachée que l'on maintient à prix d'or.
L'économie des villes finance tous les jours le taxi qui matin et soir transporte un ou deux enfants habitant dans des hameaux isolés et les accompagne à l'école de la ville voisine.
Il en va de même de ces minibus qui assurent des services de transport en commun pour quelques rares personnes qui les empruntent quand ils ne roulent pas à vide.
Et de l'emploi "peine perdue" de ces malheureux qui dépensent le tiers de leur salaire pour entretenir et alimenter une vieille voiture qui les conduit vers une occupation ou un stage précaire et sous payé.
Qu'elle est belle cette France éclatée dans ses 36 000 communes. France des villages oubliés par l'élan de la vie. France des profondeurs qui ne doit son existence qu'à l'unique entreprise locale bénéficiaire qu'est l'administration.
France des assistés qui vivent sous éternelle perfusion des services sociaux locaux qui entretiennent leurs pauvres dont ils conservent précieusement les dossiers de ce fonds de commerce méconnu.
Quelle chance pour eux d'être du bon côté de l'emploi.
D'avoir dans la routine de leur petit boulot de service à la personne la garantie d'un revenu dans leur région hors du monde.
La France est riche de cet argent gaspillé à entretenir cette misère cachée dont l'énergie n'a jamais été valorisée. Des hommes et de ces femmes qui meurent faute de ne pouvoir vivre vraiment.
Sans ami, sans projets... sans vacances ni travail, sans santé ni culture... la morphologie arrondie par cette vie trop tranquille... ils sont la France rurale dont on vante les clichés.
Celle que le citadin rejoint parfois quand il en a marre de la ville. Marre du bruit et de la surpopulation.
Il débranche ainsi de son quotidien stressant pour aller s'enfermer dans une autre prison dont ils ne soupçonne même pas les barreaux.
Cette prison de la misère de nos campagnes que les petits citoyens des villes entretiennent à grand frais.
Qu'elle est chère notre France dans ses différences et ses absurdités. Ils est des villages qu'il faudraient raser quand il font de la vie une photo ratée.
job,
prisonnier du Morvan
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