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Université : diagnostic et thérapie(s)


 Publié le 13/11/2007 par Michael Texier - Lu 1385 fois
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A peine trois mois après l’adoption du texte de loi relative aux libertés et responsabilités des universités, la grogne étudiante prend de l’ampleur, témoignant d’une opposition naissante à une réforme visant à moderniser une université confrontée des difficultés endémiques. La méconnaissance du contenu de la réforme et le manque d’information concernant l’état réel du système universitaire sont les ferments de l’incompréhension étudiante qui entoure ce sujet. L’urgence d’un check up s’impose pour éviter à terme l’autopsie.<br />
A peine trois mois après l’adoption du texte de loi relative aux libertés et responsabilités des universités, la grogne étudiante prend de l’ampleur, témoignant d’une opposition naissante à une réforme visant à moderniser une université confrontée des difficultés endémiques. La méconnaissance du contenu de la réforme et le manque d’information concernant l’état réel du système universitaire sont les ferments de l’incompréhension étudiante qui entoure ce sujet. L’urgence d’un check up s’impose pour éviter à terme l’autopsie.

A peine trois mois après l’adoption du texte de loi relative aux libertés et responsabilités des universités, la grogne étudiante prend de l’ampleur, témoignant d’une opposition naissante à une réforme visant à moderniser une université confrontée des difficultés endémiques. La méconnaissance du contenu de la réforme et le manque d’information concernant l’état réel du système universitaire sont les ferments de l’incompréhension étudiante qui entoure ce sujet. L’urgence d’un check up s’impose pour éviter à terme l’autopsie.

De multiples commissions ont eu, au cours des dernières années, la tache de réunir et consulter les différents acteurs du monde de l’enseignement supérieur afin de dresser un bilan des forces et faiblesses de notre système de formation. L’une d’entre elles, reposant sur les témoignages de près de 20 000 participants et chargée de formuler des propositions issues des 120 débats sur le thème « Université-Emploi » dans 29 académies, associés à la consultation de 29 organismes et l’intervention de plus de 2000 internautes, a rendu en juin 2006 un rapport faisant un portrait alarmiste de la situation du système universitaire français et de son inadéquation à la conjoncture économique de notre pays. Le constat est sans appel : 20% des étudiants sortent de l’université sans diplôme tandis que 11% sont au chômage 3 ans après l’obtention de leur diplôme. La réalité est vraisemblablement pire encore, dans la mesure où une forte proportion de jeunes cumulent les emplois précaires (70% des 18-24 ans bénéficient de contrats précaires) et ne figurent pas dans les statistiques du chômage. Certes, excepté pour les jeunes ayant suivis certaines formations professionnelles, en l’absence de diplôme d’études supérieures, les perspectives de trouver rapidement un emploi sont encore plus sombres (22% des moins de 24 ans sont au chômage) mais l’insertion professionnelle des diplômés de l’enseignement supérieur demeure globalement à un niveau qui n’est pas satisfaisant. Ainsi, comme le dénonce Marie Duru-Bellat, enseignant-chercheur à l’université de Bourgogne, dans « L’inflation scolaire, les désillusions de la méritocratie » : « En France, il y a seulement vingt ans, 15% d’une classe d’âge allait à l’université. Aujourd’hui ils sont 40%. Cette massification s’est faite sans qu’on adapte les formations et sans réfléchir aux débouchés des diplômés ni aux compétences dont on dote vraiment les jeunes. Alors bien sûr, la valeur relative des diplômes existe bien : il vaut mieux un bac +3 qu’un simple bac. Mais le problème, c’est leur valeur intrinsèque. Ils ne suffisent pas à s’insérer sur le marché du travail ».

 

 

Pathologie et déficiences chroniques. Ce triste état de fait est pourtant régulièrement dénoncé à la fois par certains membres du corps enseignant mais aussi par les responsables des principaux groupes industriels et d’entreprises de différents secteurs. Comme il est mentionné dans le rapport du cercle Vinci, de nombreux témoignages tels que celui de Michel Godet, responsable de la chaire de prospective du CNAM, indiquent clairement que l’on se dirige vers une pénurie de jeunes professionnels bien formés et un trop-plein de diplômés généralistes. Pourtant, on continue depuis des années à former des étudiants dans des filières saturées sans les informer des débouchés et, finalement avec beaucoup de lâcheté, sans se préoccuper véritablement des capacités d’absorption du marché de l’emploi de jeunes diplômés en surnombre. Ainsi, le succès de certaines filières dont nul n’a pris soin de contrôler les effectifs a conduit à des situations telles que la quasi-totalité des jeunes diplômés ne pourra exercer un métier en relation avec leur formation initiale. A titre d’exemple, la France regroupe le quart des étudiants européens en psychologie et délivre 4 à 6 fois plus de diplômes de psychologues que le marché ne peut en absorber. Pour ceux-là, nul doute que la recherche d’un emploi en rapport avec leurs compétences prendra l’allure de mission impossible. Cette perspective a naturellement suscité des inquiétudes grandissantes auprès des concernés à tel point que la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie a lancé en 2006 une pétition réclamant que la sélection placée jusque-là au niveau Master 2ème année (bac+5) soit ramenée au niveau Master 1ère année (bac+4) de façon à limiter l’engorgement de la filière. Il est instructif de noter que cette proposition formulée par une corporation en prise directe avec le problème d’insertion des jeunes diplômés, reprise l’année suivante dans le projet de loi sur l’autonomie des universités, a provoqué une massive levée de boucliers de la part des organisations syndicales étudiantes, soucieuses de défendre le « principe d’absence de sélection » à l’université (cela semble une farce). Une absence de sélection qui trop souvent garantie l’égalité d’accès pour tous aux listes de demandeurs d’emploi de l’ANPE...

 

Outre cet échec de l’université en matière d’insertion professionnelle, d’autres études pointent du doigt certaines dérives voire certaines injustices dans le domaine de l’égalité d’accès aux études supérieures. Ainsi par exemple, comme le souligne le député Laurent Wauquiez dans le rapport de juillet 2006 sur les conditions de vie étudiantes, « le système de bourses se caractérise par une relative iniquité, en aidant les deux extrêmes : les plus démunis (par le biais des bourses sur critères sociaux) et les ménages les plus aisés (par le biais des aides fiscales) ; mais en sacrifiant les intermédiaires, à savoir les classes moyennes modestes ».

 

 

L’inégalité en matière de moyens est elle aussi criante lorsqu’on compare les budgets des universités et ceux des grandes écoles. Comment admettre que le budget par étudiant à l’université (6850 € en 2005, 7210 € en 2006) soit en moyenne égal à seulement la moitié de celui d’un étudiant en école d’ingénieur (13220 € en 2005) ou en classe prépa (13560 € en 2006) et même inférieur à celui d’un lycéen (10170 € en 2006) ce qui fait de la situation française un cas unique au sein des pays de l’OCDE en consacrant plus de moyens à la formation d’un élève du secondaire que d’un étudiant à l’université ? Cette question est pourtant fondamentale car cet écart de moyens entre les universités et les grandes écoles renforce le déficit d’image des formations universitaires auprès des étudiants et des recruteurs. Dès lors, il n’est pas étonnant de constater que les universités françaises ne brillent pas par leur position d’élites dans les classements internationaux. Ainsi, si l’on s’appuie sur une récente étude de Henry Tulkens du département  des Sciences Économiques de l’Université Catholique de Louvain, qui tente d’établir un classement des universités et grandes écoles au niveau mondial en tenant compte de leurs diversités et spécificités (donc a priori plutôt plus favorable pour les universités françaises que ne l’est le classement de Shangaï), la première université française n’apparaît qu’en 82ème position et seulement 3 figurent parmi les 200 premiers établissements listés (on remarque également que 7 des 10 institutions françaises mentionnées sont des grandes écoles dont la première se classe en seulement 10ème position au niveau mondial).

 

Pour compléter le tableau de la situation actuelle de l’université, on pourrait également mentionner les difficultés que connaît la Recherche française pour retenir ses meilleurs éléments sur le sol national, le manque de visibilité à l’international de nos universités, le faible nombre de brevets déposés par les universitaires et plus globalement le peu de transfert technologique des laboratoires universitaires vers les industries, l’absence de véritable politique de gestion des ressources humaines des personnels, etc...

 

 

Cependant, la seule prise en compte des échecs de l’université en matière de formation et d’insertion professionnelle, thème naturellement au plus près des préoccupations des étudiants aurait légitimement dû inspirer depuis longtemps une réforme profonde du fonctionnement de l’université et de ses missions. Alors à l’heure où l’université se prépare à connaître une évolution majeure par la mise en application de la loi du 10 août 2007, quels sont les points qui suscitent l’inquiétude chez certains étudiants et quels sont les principaux axes de cette loi tantôt attendue impatiemment par les uns, tantôt décriée avec force par les autres ?

 

 

Les moyens de la réussite. Les moyens consacrés à l’enseignement supérieur sont, de toute évidence, insuffisants. Il apparaît essentiel de permettre aux universités d’atteindre des niveaux de ressources comparables à ceux de leurs homologues étrangères. Il est évident que l’on ne peut obtenir les mêmes résultats lorsque l’on dispose d’un budget annuel de 110 000 € par étudiant (cas de l’université de Princeton aux Etats-Unis) ou de 3300 € comme c’est le cas de l’université Paris-IV-Sorbonne qui incarne pourtant une position symbolique parmi nos universités. Néanmoins, augmenter significativement le budget des universités dans un contexte où la réévaluation des droits d’inscription est un sujet tabou et où l’effort de l’état ne peut se faire que dans un cadre budgétaire strict, s’apparente à chercher la quadrature du cercle. En réalité, les solutions existent, mais elles impliquent de profondes mutations qui doivent dépasser les prises de position idéologiques.

 

 

Prenons l’exemple des droits d’inscription : il semble naturel de considérer que leur augmentation conduirait à une augmentation de l’inégalité d’accès aux études supérieures. Cependant, cet argument ne tient plus si l’on associe à l’augmentation des droits une refonte complète du système de bourses de sorte à accroître significativement le nombre de bénéficiaires et atténuer les effets de seuil dénoncés par le rapport Wauquiez. Cependant, le sujet reste sensible et l’heure ne semble pas venue de mener le débat sur l’éventuelle opportunité d’une augmentation des droits d’inscription. Sur ce point, la loi du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités n’attribuant pas la liberté aux universités de définir le montant des droits d’inscription, ceux-ci restent fixés par décret ministériel conformément aux dispositions prévues par l’article concerné de la loi précédemment en vigueur.

 

 

En l’absence d’une augmentation des droits d’inscription, quels sont donc les outils qui pourraient permettre d’accroître les ressources de nos universités ? Actuellement, l’université est financée à hauteur de 83% par l’état et les collectivités territoriales, les 17% restants étant répartis entre les droits d’inscription (9%), la contribution des entreprises (6%) et d’autres sources variées (2%). En comparaison, la part cumulée de l’état et des droits d’inscription ne représente que 21% du budget de l’université d’Harvard, l’essentiel des ressources provenant des dons privés, de la contribution des entreprises et d’une politique d’investissement extraordinairement efficace. Les plus grandes universités mondiales favorisent ainsi la création en leur sein de fondations et d’entreprises qui ont le triple avantage de permettre le transfert de compétences vers le privé, d’inciter à l’innovation et la prise de risques et aussi de constituer une source de revenus considérable pour l’université elle-même.

 

 

Le système de financement des universités françaises n’est plus adapté à la conjoncture internationale et l’engagement financier de l’état, bien qu’essentiel naturellement, ne peut plus suffire aux besoins que réclame un système de recherche et d’enseignement supérieur performant. Dans cette optique, la loi du 10 août 2007, loin de constituer un recul en termes de moyens mais en permettant une plus grande autonomie de gestion et en incitant à diversifier les sources de financement, offre la possibilité de moderniser profondément nos universités en s’inspirant des modèles étrangers. Y voir un désengagement de l’état revient à instruire un procès d’intentions et finalement à se priver de nouveaux moyens en préférant conserver un système de financement qui a montré ses limites.

 

 

En outre, la loi du 10 août favorise la mise en œuvre d’une véritable politique stratégique de la part des équipes dirigeantes. Ce point est sûrement l’un des éléments centraux de la nouvelle université. L’équipe dirigeante sera désormais resserrée, élue par les personnels et les étudiants autour d’un véritable projet et délibérément ouverte vers les acteurs du tissu économique local. Ce choix d’un rôle décisionnaire accru du conseil d’administration est naturellement dicté par l’ autonomie plus grande des universités qui devront faire face à des responsabilités nouvelles et qui devront donc faire preuve d’une réactivité et d’un engagement plus important de leurs responsables. Néanmoins, cette nouvelle forme de gouvernance ne réduit pas pour autant la représentativité du personnel au sein de l’équipe dirigeante de l’université dont les membres (à l’exception naturellement des membres extérieurs) sont élus par les différentes catégories du personnel des universités. Lors des élections, l’importance du choix des représentants sur leur projet sera par conséquent renforcée et responsabilisera à la fois les élus mais aussi les personnels dont le vote influera directement sur les choix stratégiques de l’établissement.

 

 

Un diplôme pour un emploi. L’autre point essentiel de la nouvelle loi concerne les nouvelles missions confiées à l’université. Désormais, les missions du service public de l’enseignement supérieur sont : 1) la formation initiale et continue, 2) la recherche scientifique et technologique et la diffusion et la valorisation de ses résultats, 3) l’orientation et l’insertion professionnelle, 4) la diffusion de la culture et l’information scientifique et technique, 5) la participation à la construction de l’espace européen de l’enseignement supérieur et de la recherche, 6) la coopération internationale. L’intégration de la mission d’orientation et d’insertion professionnelle parmi les prérogatives de l’université est d’une portée considérable. Cela signifie que les universités auront dorénavant l’obligation d’informer les étudiants sur les perspectives d’emploi offertes par les formations universitaires et le devoir d’adapter les formations au marché de l’emploi. Des études statistiques devront être publiées régulièrement et le lien entre l’université et le monde professionnel devra être renforcé. Ce dernier objectif a notamment été cité de façon récurrente parmi les recommandations formulées par de nombreuses commissions au cours des dernières années. L’accent mis sur la formation continue et le système des VAE (validation des acquis de l’expérience) devra aussi entretenir cette proximité université-entreprises.

 

 

De nombreux autres points qui figurent dans le texte de loi sont aussi de nature à améliorer la qualité de vie étudiante. Qu’il s’agisse de la possibilité pour les universités de rémunérer les étudiants sur des critères académiques et sociaux, de la création d’un bureau d’aide à l’insertion professionnelle, de l’assistance offerte pour la recherche de stages, de la formation, éventuellement qualifiante, des représentants élus des étudiants, tous ces éléments devraient selon moi être considérés avec la plus grande attention pour juger des conséquences d’une réforme aussi importante pour l’avenir de nos étudiants et de notre société future.

 

 

Bien sûr les étudiants sont des acteurs centraux de l’université et doivent en conséquence assumer leur rôle dans la construction de l’université de demain. Ce rôle, ils le revendiquent souvent à raison en dénonçant les multiples imperfections d’un système universitaire qui les oublie parfois un peu. Je crois comme beaucoup qu’il reste beaucoup à faire, par exemple concernant l’évaluation des enseignants, le statut des doctorants ou la promotion de l’action associative au sein de l’université. Néanmoins, il faut veiller à ce que la fougue et le désir de s’investir, de débattre et de se faire entendre ne conduise pas à la situation paradoxale où l’immobilisme semble la seule perspective de consensus dans un contexte ou chacun souhaite le changement.

 

 

L’université est une chance. Le slogan n’est pas de moi mais de la CPU (conférence des présidents d’universités). Pour ma part je dirais plutôt :

 

L’université a une chance : l’opportunité de se rénover.



  

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